J’ai un souvenir d’adolescence qui me revient : je suis dans un cours d’éducation physique et nous devons courir. Je suis sportive, mais étrangement, mon cardio n’est pas très bon. Dès que je cours un peu, mon visage devient tout rouge et je ressens un inconfort au niveau respiratoire, comme si ma cage thoracique était un peu comprimée. Mais beaucoup d’autres adolescents autour de moi se plaignent qu’ils n’aiment pas courir, alors j’en conclus tout simplement qu’ils ressentent la même chose que moi et que mon état est normal.
Cela m’a pris des années avant de comprendre d’où me venaient ces signes et ces sensations. En fait, j’avais le diaphragme très tendu. Je vous parle au passé, mais cette contraction est encore présente. Certes, elle est moins prononcée qu’autrefois, mais il reste encore du travail à faire pour dégager tout ça.
Et j’ai envie de vous en parler, car c’est quelque chose que j’observe très couramment avec ma clientèle. Aussi, cela a des implications au niveau physique, émotionnel et spirituel que j’ai envie d’explorer avec vous à travers ma propre histoire. Enfin, je partagerai avec vous quelques pistes de solutions qui peuvent nous aider à nous libérer de ce type de tension.
Des racines mystérieuses
Ce que j’ai appris dans mon métier, c’est que le diaphragme est un muscle très important. Il a la capacité d’encapsuler des émotions ou des traumatismes qui sont trop intenses pour être traités sur le moment. Il nous sert donc en quelque sorte de mécanisme de protection afin d’éviter que notre système soit surchargé par des stress que nous n’avons pas la capacité de gérer. C’est une réaction saine du corps qui choisit une réponse écologique pour notre environnement interne.

Seulement voilà : cette solution n’est que provisoire et il faudra bien un jour faire face à ce qui a été emmagasiné, alors que nous aurons développé les ressources adéquates. Et oui, il sera nécessaire de contacter cette zone avec l’intention de découvrir ce qui se cache dans notre petit sac à surprise.
Dans mon cas, je suis convaincue que mes tensions remontent à bien avant l’adolescence. En fait, elles étaient déjà présentes du plus loin que je me souvienne. Pourtant, je n’ai pas vécu de gros traumatisme dans mon enfance. Du moins, rien de majeur. Se pourrait-il alors que certains de nos traumas nous viennent d’avant, de la vie intra-utérine ou encore de vies antérieures? Possiblement! Pourrions-nous aussi avoir en nous des éléments transgénérationnels à démêler, comme une énigme mystérieuse que nous allons devoir résoudre dans notre présente incarnation en recevant un indice à la fois? Pourquoi pas!
De mère en fille
Retour en arrière dans le passé : nous sommes à Paris, en 1944, vers la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Une sirène assourdissante fend l’air du matin. Un petit groupe de gens s’activent, car ils savent très bien ce que ce son signifie : les bombardements feront rage de façon imminente. Ils se dirigent rapidement vers les sous-sols afin de se mettre à l’abri. Parmi eux se trouve une femme. Elle tient son ventre arrondi d’une main alors qu’elle s’engouffre dans l’escalier qui descend dans la noirceur. Son corps est secoué par des tremblements incontrôlables. Elle ressent une profonde terreur à l’idée que la petite vie qui est en elle ne puisse voir le jour. Cette femme, c’était ma grand-mère, alors qu’elle portait ma mère en elle.
Bien sûr, ces traumatismes répétés ont laissé leurs traces sur le système énergétique de ma maman. Celle-ci a développé une anxiété chronique avec une propension à faire des crises de panique. Donc probablement, y a-t-il une partie de cette histoire qui se retrouve encapsulée dans cet énorme muscle transversal qui me traverse.
Je repense également à la petite Sophie que j’étais dans l’enfance qui était déjà très sensible et je ne peux faire autrement que d’imaginer qu’en plus d’avoir une connexion avec cette énergie traumatique à travers l’ADN, elle a dû également grandir dans un milieu où cette anxiété était palpable au quotidien. Ainsi, bien qu’elle-même n’ait pas vécu un gros événement marquant, elle était en contact régulier avec une fréquence de peur et de stress dont elle a dû chercher à se protéger afin de ne pas se laisser envahir par ses effets.
L’autre côté de la médaille
Toutefois, cette protection justifiée n’est pas sans son lot d’effets moins positifs, en plus de réduire la capacité cardiovasculaire et respiratoire. Un diaphragme tendu nuit grandement à la circulation, à la fois au niveau de l’Énergie et du Sang, créant des stagnations dans le corps. Aussi, pendant de nombreuses années, j’avais les pieds froids, ainsi qu’un surplus d’énergie et de sang dans le haut du corps (ce qui peut se traduire par une langue avec le bout rouge, cette région représentant la tête et la poitrine dans les méthodes d’évaluation orientales). C’est un schéma qu’il m’arrive souvent de percevoir durant mes soins. Cette dynamique énergétique nous amène à être plus agités et moins ancrés. Lorsque l’on commence à dégager la zone comprimée, nous pouvons enfin permettre au Qi (l’énergie) et au Sang de redescendre vers notre centre énergétique (situé sous le nombril) ainsi que vers les jambes et les pieds. Cela nous ramenant dans un état beaucoup plus calme, posé et enraciné.
Ainsi, lorsque nous habitons adéquatement notre centre, que nous pouvons appeler également le Dan Tian inférieur, nous sommes essentiellement plus alignés avec notre puissance. Et voici ma vision des choses à ce sujet : pour accomplir ce que nous sommes venus faire sur cette Terre, il est essentiel d’accéder à notre plein potentiel.
Mes conseils
Si vous ressentez comme moi des tensions au niveau de votre diaphragme, j’ai quelques conseils simples, mais efficaces à vous offrir. Tout d’abord, j’aimerais vous parler d’une teinture: l’aigremoine (Agrimonia eupatori). Cette plante nous aide à exprimer ce qui est caché, tout en étant fort efficace pour relâcher le diaphragme. Une belle façon de s’accompagner à travers notre processus. Pour ma part, je n’en prends pas de façon continue pour ne pas alourdir mon système. Puisque ce genre de processus de libération a lieu en strates, je préfère utiliser cette teinture de façon plus ponctuelle, lorsque je me sens un peu plus prise et qu’une couche émotionnelle est prête à être transmutée.
Ensuite, j’aimerais vous faire part de trois zones à masser que l’on peut facilement stimuler par soi-même. Tout d’abord, dans les mains, la zone réflexe reliée au diaphragme est située à la ligne de flexion. Sur cette ligne se trouve d’ailleurs un bon point d’acupuncture relié au méridien du Cœur. Je vous invite donc à vous installer dans un endroit calme et à vous massez doucement cette zone, en passant un peu plus de temps sur les points qui vous semblent amener plus de détente.

Ensuite, je vous invite à trouver le point 1 du Rein, qui est situé au centre de la plante de pied, sur la ligne de flexion également, qui correspond d’ailleurs à celle sur la main. Si vous avez la capacité de le faire, je vous invite à vous asseoir avec les jambes repliées en papillon, en vous assurant que vos hanches soient plus élevées que vos genoux. Vous pourriez donc avoir besoin d’un coussin afin de surélever le bassin pour éviter d’avoir le dos rond. Dans cette posture, vos deux pouces peuvent facilement se déposer sur le point Rein 1 de vos deux pieds. En laissant votre souffle prendre l’ampleur qu’il souhaite, observez l’effet que ce contact vous offre. Si vous le désirez, vous pouvez par la suite retirer vos pouces et coller ces deux points ensemble, en laissant maintenant l’énergie circuler entre les deux. Si cette posture n’est pas possible pour vous, une autre option est de travailler chaque point individuellement en étant assis sur une chaise.

Enfin, je vous invite à amener vos deux index en plein centre de vos oreilles, sur cet autre point réflexe relié au diaphragme. Pour plus de détente, vous pourriez vous allonger avant de contacter cette zone. Soyez attentifs à vos ressentis. Peut-être que votre respiration va pouvoir tout naturellement s’approfondir ou que vous allez ressentir différents mouvements de circulation à travers votre corps.

Aussi, prenez note que l’ordre suggéré pour cette petite séance de rencontre avec vous-mêmes est loin d’être immuable. Peut-être que de commencer par les pieds ou les oreilles pourrait être plus fluide pour vous. Vous découvrirez ce qui fonctionne le mieux en explorant avec ouverture et curiosité.
Une cascade de changements positifs
En amenant présence et conscience au niveau de notre diaphragme, nous pouvons encourager de vieilles problématiques à remonter à la surface et ainsi commencer le processus alchimique de transformation. Il est important d’y aller en douceur, car ce genre de cheminement ne peut être forcé d’aucune façon. Il est beaucoup plus bénéfique de rester dans un mode où l’accueil et l’écoute sont notre intention principale. Aussi, il est évident qu’il faut se sentir prêt à recevoir ces informations. Choisir un moment opportun pour nous est alors primordial.
Les bienfaits d’une telle pratique peuvent être multiples. D’autres systèmes et fonctions peuvent d’ailleurs en profiter, tels la digestion et le sommeil. Toutes les parties de notre corps étant en constante relation les unes avec les autres, il est parfois étonnant de constater comment des pratiques simples peuvent déclencher une cascade de changements positifs dans l’ensemble de notre être. Bonne découverte!











