Dans mon dernier article, Observer sa nature, je vous ai présenté une des bases de la Médecine Traditionnelle Chinoise (MTC), les cinq mouvements, souvent plus connus sous le terme des cinq éléments. Ce mois-ci, je vais poursuivre en abordant un autre sujet fondamental, celui du Yin et du Yang.
Beaucoup de gens ont déjà entendu parler de ces notions, mais souvent de façon un peu vague. Cette théorie nous amène à mieux saisir le monde qui nous entoure, mais elle porte aussi toutes les connaissances philosophiques et spirituelles du taoïsme. Elle est aussi essentielle si nous voulons comprendre l’herboristerie et même l’alimentation du point de vue des médecines orientales.
Une représentation de la Vie
Le symbole du Tai Ji illustre à lui seul beaucoup d’aspects très importants du Tao. Prenons donc quelques instants pour l’analyser. Tout d’abord, il y a le cercle. Cette forme parfaite représente le tout, l’unité, la conscience globale dont nous sommes tous issus. Puis, ce cercle se scinde en deux parties égales, telle notre toute première cellule qui s’est divisée pour débuter notre développement embryonnaire. C’est la naissance du Yin et du Yang, ces deux pôles qui s’équilibrent. Ils peuvent sembler simplement en opposition, mais en réalité ils sont à la fois complémentaires (l’un définit l’autre) et interdépendants (l’un ne peut exister sans l’autre). Le côté blanc représente le Yang, telle une colline exposée au plein soleil. C’est lui qui nous saute aux yeux, qui est chaud, lumineux. Pour sa part, le côté noir représente le Yin, illustré par le vallon dans l’ombre, cette partie plus cachée, plus fraîche, plus mystérieuse.

En observant le mouvement ainsi créé par les deux parties, nous pouvons constater que ces aspects de la réalité sont loin d’être statiques. En fait, ils évoluent constamment et se transforment mutuellement en l’autre polarité. Ainsi, à son paroxysme, le Yin redevient Yang, tout comme les premières lueurs du jour apparaissent au moment le plus sombre de la nuit. Et inversement, le Yang se transforme en Yin après avoir atteint son intensité maximale, tel le soleil qui amorce sa course descendante après avoir rayonné au zénith.
Enfin, portons notre attention sur le petit cercle noir dans la partie blanche. Ce petit détail nous enseigne que toute chose porte le germe de son opposé en elle. Il y a donc toujours un peu de Yin dans le Yang et vice-versa. Même le soleil, qui est la représentation du Yang le plus pur, détient un aspect nourricier pour tout ce qui est vivant, illustrant le Yin dans le Yang. Dans la vision de la MTC, rien n’est donc absolu.
Les qualités de la dualité
Revenons à l’image de notre colline exposée au plein soleil. Les qualités considérées plus « masculines » qui lui sont reliées vont inclure la chaleur, la sécheresse, l’activité et le mouvement, la transformation, ainsi que l’aspect lumineux et évident. Dans la théorie des cinq mouvements, les éléments Bois et Feu sont considérés comme Yang. Lorsque nous parlons du Yang dans le corps, nous faisons référence à son énergie, à sa capacité de transformation, de mettre en mouvement, de produire de la chaleur. Le Yang soutient donc la faculté des organes à exécuter leurs fonctions. De la fatigue, de la faiblesse, du froid, des chairs sans tonus, une digestion lente et ardue sont des symptômes qui vont nous faire penser à une déficience de Yang. Cette dernière peut être généralisée, par exemple chez une personne qui a épuisé toutes ses ressources, ou bien dans un organe en particulier (suite à un trauma, un blocage émotif, des habitudes de vies…).
À l’opposé, si nous pensons au vallon ombragé, nous songerons à des caractéristiques considérées comme plus « féminines » soit la fraîcheur, l’humidité, la lenteur, l’aspect nourricier, le calme et le repos. Les éléments plus Yin sont la Terre et le Métal. Lorsque nous parlons du Yin dans le corps, nous penserons entre autres à la matière, au sang et aux liquides organiques. Une personne maigre et sèche, toujours stressée, est l’archétype d’un manque de Yin généralisé. Mais une personne pourrait avoir une telle déficience seulement dans un organe ou une zone du corps. Par exemple, une personne qui fume la cigarette pourrait avoir asséché les liquides organiques seulement dans ses poumons.
Aussi, notons que l’élément Eau contient pour sa part autant de qualités Yin que Yang. L’Eau est bien sûr un liquide nourricier rafraîchissant, mais elle peut également amener mouvement et transformation, comme la fougueuse rivière au printemps qui arrive même à percer des rochers.
Enfin, notons que ces caractéristiques existent de façon relative et non absolue. Ainsi, une chose peut être plus yang qu’une autre sur un aspect, alors que la polarité pourrait s’inverser sur un autre point de référence.
La voie du milieu
La théorie du Yin et du Yang nous parle d’un certain équilibre. Ainsi, ces deux aspects doivent se balancer. Par exemple, notre corps a besoin autant d’activité physique pour mettre les choses en mouvement, que de repos et de bonne nourriture. Également, notre psyché appréciera grandement un équilibre entre travail mental et méditation, ou encore entre moments en société et solitude.

Si l’un des deux aspects est déficient dans le corps, c’est l’autre qui nous apparaîtra. Une déficience de Yin mènera à des symptômes Yang. Prenons un exemple très simple et imaginons un petit enfant qui a dépassé son heure du coucher. Ce manque de Yin (repos) très momentané fera apparaître des signes Yang. Ainsi, ce bambin deviendra agité, avec les pommettes rouges, et peut-être même fera-t-il des crises. À l’inverse, visualisons Claudine, une femme très casanière. Elle travaille assise toute la journée et n’aime pas les sports. À long terme, son manque de Yang (mouvement) dans ses journées mènera à une accumulation de Yin : peut-être une prise de poids ou de l’œdème aux chevilles…
Chacun son terrain
Ce qui nous ramène à parler de constitution. Nous ne sommes pas tous faits sur le même moule. Nous arrivons sur cette terre avec des caractéristiques différentes. Certains sont plus Yang, donc plus costaud, avec une grande vitalité. D’autres sont plus Yin, ils ont une nature plus fragile, avec une énergie plus limitée. Nous pouvons naître également avec certains organes plus faibles que le reste du corps. Toutefois, notre mode de vie peut grandement modifier cette constitution initiale, nous amenant diverses conditions selon nos choix quotidiens. À ce sujet, l’épigénétique moderne rejoint la vision de la MTC, car elle nous reconnaît une capacité à activer ou désactiver des gènes, selon notre hygiène de vie.

Bref, selon notre terrain, les déséquilibres Yin ou Yang amenés par notre environnement, nos activités ou notre alimentation, n’auront pas les mêmes répercussions, mais nous pouvons cultiver l’équilibre afin de renforcer nos faiblesses.
Dans ce contexte, je crois qu’une des choses les plus importantes est d’apprendre à se connaître et d’observer ce qui se passe dans notre corps. En étant connectés à nous-mêmes, nous sommes en mesure de non seulement comprendre, mais aussi ressentir ce qui est bon pour nous. Une constitution plus Yin nous poussera rapidement à développer ces capacités. En effet, lorsque l’énergie est limitée, nous aurons rapidement des signaux forts qui nous ramèneront promptement vers la recherche de l’équilibre. Alors qu’une constitution plus Yang peut nous amener à dépasser constamment nos limites, puisque que nos ressources nous semblent infinies. Mais en réalité, elles ne le sont pas. Si nous brûlons la chandelle par les deux bouts, il y aura inexorablement un point de rupture où le corps aura épuisé ses réserves. Comme le Yang à son apogée redevient Yin, nous passerons d’un état très dynamique à un arrêt forcé, comme lors d’un épuisement professionnel ou d’une maladie grave.
Les Ba Gang
Allons encore un peu plus loin avec les huit principes (Ba Gang) de la MTC qui nous permettent d’analyser les problématiques, encore une fois sous la loupe du Yin et du Yang et qui sont très utilisés pour faire un choix d’herbes et d’aliments adéquats pour soutenir une personne.
Tout d’abord, les deux premiers principes divisent tout simplement les problématiques en Yin et Yang, selon les caractéristiques vues précédemment. Par exemple, un symptôme qui saute aux yeux du thérapeute sera considéré Yang, alors qu’un autre plus caché et difficile à trouver sera perçu comme Yin.
Puis, un déséquilibre peut se trouver soit en Surface (Yang, car il protège) ou en Profondeur (Yin, plus interne). Notons ici que la surface du corps fait référence à la peau bien sûr, mais aussi aux muscles, tendons et ligaments.
Ensuite, il y a des déséquilibres de types Froid (Yin) avec logiquement, des signes de froideur et de contraction, ou de type Chaleur (Yang) avec bien sûr de la chaleur, de la rougeur et de l’inflammation.
Enfin, nous pouvons observer des symptômes de type Vide (Yin) avec des signes de faiblesses, ou avec une notion de chronicité, ou de type Excès (Yang) qui seront plus aigus ou intenses. Les stagnations entrent dans la seconde catégorie.
Afin de bien utiliser toutes ces notions, il est primordial de bien observer l’ensemble du corps pour avoir un portrait juste. Ainsi, les stagnations pourront créer des symptômes à la fois Yin et Yang. Nous pourrons trouver une zone en Excès, plus congestionnée là où la circulation est bloquée et une ou des zones en Vide, qui se retrouveront moins bien nourries, à cause du blocage. Un exemple assez courant est la dynamique qui se dessine lorsque l’abdomen, notre centre énergétique, est trop tendu. Les mains et les pieds deviennent alors froids, par manque de circulation. En trouvant une façon de déloger le blocage, l’équilibre Yin/Yang se rétablit de lui-même.
Des applications concrètes
Combinée avec les notions vues précédemment sur les 5 mouvements, cette nouvelle partie théorique vous prépare à mieux intégrer les notions de MTC en lien avec l’alimentation et les plantes que je vous présenterai sous peu. Vous êtes maintenant en mesure de comprendre de quoi il s’agit si je vous parle d’une plante qui nourrit le Yin des Poumons par exemple. Vous pouvez déduire que ce remède stimule la lubrification dans cet organe et qu’il est efficace pour des symptômes qui nous font penser au Yang, comme une toux sèche et spasmodique.
En terminant, j’aimerais mentionner qu’ il est important de bien comprendre ce que notre corps tente de faire lorsque nous ressentons un symptôme et que nous voudrions soutenir notre système. Effectivement, certains symptômes peuvent parfois porter à confusion. À titre d’illustration, pensons à certains types de problèmes articulaires où l’on peut percevoir chaleur et rougeur en surface, mais en contactant la zone quelques secondes, nous pouvons ressentir beaucoup de froid, comme si l’articulation était « gelée ». Le mécanisme naturel de notre corps est de tenter de réchauffer cette zone en activant la circulation. Les plantes qui sauront être vraiment efficaces dans cette situation devront donc soutenir l’action du corps en stimulant le Yang et non en ramenant du Yin pour faire disparaître l’aspect inflammatoire. Le corps est un grand sage que nous gagnons à bien écouter!
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*Avertissement : dans mes chroniques, je vous offre quelques conseils qui peuvent être utilisés pour les petits bobos du quotidien. Ils ne remplacent en rien une consultation avec un professionnel de la santé pour une condition grave.











